Week-end du 15 août

Publié le par M.T

On est en été… ce sont les vacances, qui plus est, la veille du long week-end du 15 août, celui par excellence où vraiment tout s’arrête, où les RTT battent leur plein et où il est bon de se rappeler, lorsque l’on est urbain, au bon souvenir des potes qui ont eux une maison à la campagne ou mieux, au bord de mer (sinon, avec piscine ça marche aussi !). C’est donc bientôt l’heure de l’apéritif en terrasse, des crêpes chaudes ou du pain bagnat, et d’un odorant barbecue rythmé par le cristallin tintinnabulement des glaçons qui s’entrechoquent dans un verre de rosé. La vie quoi, le bonheur, et la douceur. Alors, évidemment, si j’arrive en vous reparlant des sujets qui (me) fâchent… vous allez me faire la gueule ?... non ?...

 

Non parce que faut vraiment que je vous parle de quelque chose, là. Je lisais ce matin le Libération de samedi (faute d’avoir eu le temps plutôt pour cause de présence d’urbains du premier paragraphe), dont je rappelle la Une du week-end dernier : « Anti-Mariage Gay, au secours, ils reviennent ». Perso, je n’avais pas vraiment vu qu’ils étaient partis mais je partage l’angoisse de mon pain journal quotidien devant le remue-ménage de petits monstres à grosses têtes, bons cathos intégristes ou disons justes bornés, refusant de quitter le devant de la Lumière Eternelle et qui pour rien au monde ne « lâcheraient » leur combat. C’est vrai qu’ils tiennent là une nouvelle croisade et que ça, d’aller sus à l’impie, ça leur plait.

 

L’article nous narre l’extravagante aventure de nos preux chevaliers, une bonne petite dizaine, bravant tous les dangers sur un bout de trottoir d’une sous-préfecture. Ceints de leur armure sweat-shirt en cotte de mailles jersey bleu layette et rose, ils sont là pour veiller (à 16H30 ?...), et surtout « ne rien lâcher », magnifique slogan seul à avoir survécu à leur mouvement printanier. Donc voici nos gais fervents, petite bougie de table Ikea à la main, près pour une heure de « veille » à l’heure du goûter, assis sur leur bout d’asphalte, les uns par terre dans un laisser aller tout de scoutisme retrouvé, les autres sur une petite chaise de plage, parce que le sol est bien bas ma brave dame. Interrogés par une journaliste, ils clament que leur mouvement ne s’arrêtera pas, qu’ils iront jusqu’au bout (c’est à dire le retrait de la loi sur le mariage et l’adoption pour les homosexuels) et qu’ils resteront là le temps qu’il faudra, enfin, qu’ils reviendront en septembre parce que là, c’était leur dernier jour vu que c’est les vacances et que le week-end du 15 août, c’est quand même sacré. On va pas non plus obliger la grand-tante Marie-Josèphe ou la cousine Odette, celle qui ne s’est jamais mariée, à découper le gigot en pleine rue. Non, même Dieu s’est reposé alors, à son image, on va vite rejoindre, sitôt l’interview terminée, la grande maison familiale de Tagardez-Les-Ploucs. Mais pour l’heure, on prie avec ferveur dans l’espoir d’essaimer ses revendications et que l’impie, enfin entendant raison, se repente à jamais, c’est-à-dire, que la République annule une loi votée à la majorité, adoptée et promulguée par les deux institutions garantes de notre démocratie, l’Assemblée Nationale et le Sénat, le tout dans une paradoxale mais néanmoins farouche haine de l’autre alors que leur propre Dieu référent est amour. Il doit se sentir bien seul le pauvre !

 

Je voulais ainsi souligner le fonctionnement de cette machine céleste qui en appelle, faute d’argumentaires réels et concrets, aux peurs ancestrales, à la Résistance contre l’envahisseur, et prône une espèce de droit supérieur de la nature légitimant l’insurrection face aux lois de la République. Je rappelle ici la position du sieur Mariton, rendant visite à saint Nicolas B, incarcéré pour participation à une manifestation non autorisée et rébellion envers les forces de l’ordre, ce qui, sous un gouvernement de droite, l’aurait catalogué dans la case petit gauchiste par le même sus-nommé député, mais en fait ici, non rien de moins qu’un martyr. Et nos cathos de nous brandir Sodome et Gomorrhe, la Chute de Rome, toute une présumée décadence comme arme de destruction massive. Car ici, si on prie, c'est pour sauver la Civilisation d’un changement qui l’autodétruirait. Et oui, vous ne le saviez même pas, vous, petits égoïstes déjà partis sur d’autres sujets mollement alanguis dans le creux de votre transat, il y a un complot contre l’humanité, celui du lobby arc-en-ciel contre le rose bleu layette ! Et j’en ferai donc partie, moi, lesbienne devant l’Eternel, ourdissant, à les entendre, la fin de l’Humanité, alors que je promène le caniche de la grand-mère du dessous qui préfère ne pas sortir quand il fait trop chaud. Parce que c’est nous les méchants ! Et que pour le croire, et bien il suffit de le dire.

 

Entendez l’une de ces combattantes affirmer avec le plus grand des sérieux, comme un croyant se doit de l’être devant un dogme : « Je suis mariée depuis trois ans et je ne peux pas avoir d’enfant. C’est aussi pour ça que je suis ici, je trouve que c’est injuste que des gays qui ne sont pas stériles puissent en avoir immédiatement sans devoir se justifier »… Voilà donc pourquoi cette dame est dehors. Par rancœur et par vengeance et prête à tout pour nous punir de sa faute originelle. Alors moi je lui dirai bien à cette dame que si elle ne peut pas avoir d’enfant, c’est la volonté de Dieu qui lui a envoyé cette épreuve et que donc, soit elle ferme sa gueule, soit elle change de religion ; qu’ensuite, dans ce débat de société, ce n’est pas la stérilité qui est en jeu, mais juste le droit, pour tous, d’élever un enfant dans un cadre légal, réglementé et protecteur; et qu’enfin, il est évident car républicain que rien n’a été prévu dans la loi pour favoriser qui que ce soit, contrairement à ce que notre pieuse héroïne affirme. Mais le lui faisant remarquer, notre Jeanne de l’Arbalette  a alors un argument de choc : « Vous savez très bien que c’est un mensonge, la loi le dit implicitement ».

 

Et oui mes chéri(e)s, si les voies de Dieu sont impénétrables, celles de la loi seraient modifiables, déformables, adaptables en fonction de ses positions et que si rien ne n’y trouve de probant pour étayer ses dires, il suffit alors d’affirmer que ça existe quand même, dans une espèce de double affabulation qui consiste à mentir pour prouver que la vérité est fausse. C’est un peu compliqué mais diablement efficace. Car je l’ai appris depuis peu dans la procédure judiciaire que ma charmante Ex m’a foutue sur le dos après rupture, la vérité, on s’en fout. Dites des mensonges, il en restera toujours quelque chose. En effet, même si votre affabulation est reconnue en tant que telle, elle aura été entendue et tel le vert dans la pomme, aura laissé son petit chemin de pourriture en diffusant un léger parfum d’amertume. Et de l’ôter n’y changera rien. Le fruit en conservera la cicatrice et le goût.

 

Maintenant, il y a peut-être une seule chose à faire pour enfin reléguer ces religieux arbitraires et fanatiques aux abymes infernales d’où ils n’auraient jamais du sortir, et c’est le président américain, tel un Messie qui s’ignore, qui nous montre le chemin. Suite aux demandes de boycott des JO de Sotchi, (et si on se rappelle qu’on n’a rien pu faire pour ceux de Pékin, il y a à parier qu’il en soit de même pour ceux-là), Obama aurait ironisé par cette phrase : « Si la Russie n’a pas d’athlètes gays ou lesbiennes, son équipe n’en sera que plus faible ». Et si c’était ça, après tout, la solution ? Laissez nos homophobes nationaux agiter leur layette bleue et rose en les renvoyant à leur propre catéchèse, leur rappelant que cette dernière ouvrait à l’intelligence et non l’obscurantisme, à la connaissance et non au rejet de l’autre, bref, à l'amour, quoi.

 

Trop intellectuel ? Non, j'ai trouvé mieux !

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
I
<br /> J adore la maniere de traiter le sujet et plus que tout ta reponse en chanson !!!! Pas de week end a rallonge par ici mais le tintinabullement des glacons en pensant a vous et en trinquant aux<br /> imbeciles !<br />
Répondre
M
<br /> <br /> Un peu de recul parfois est nécessaire ! et de détachement amusé ! Après tout, ces gens n'ont que la valeur qu'on leur donne ! Le rosé est au frais, l'anisette bientôt prête et le beau labrador<br /> au taquet devant son ballon en rêvant nostalgiques aux Princesses ! Tchin ma Belle !<br /> <br /> <br /> <br />
V
<br /> Juste pour dire que la chanson de Dave a des râtées au début et qu'ensuite ce n'est plus trop synchro, et que je me demande où (enfin quand) j'ai déjà entendu cette "mélodie"...Ca tombe bien<br /> demain c'est férié et je n'ai pas coiffeur...ni rien  ! Je vais pouvoir chercher.<br /> <br /> <br /> Happy Quinze Août to you<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> (des glaçons dans le rosé ???)<br />
Répondre
M
<br /> <br /> Bon alors, ici, Dave n'a pas de ratée et est synchro avec la montée de l'ascenseur ! Sinon, je dois bien avouer, que tout comme toi, à part Youtube, je ne vois pas qui connaît la chanson ?<br /> Peut-être les liftiers ? Mais ça m'étonnerait qu'ils passent de la pop des Pays-Bas ! Allez, profite plutôt de ta journée, cheveux au vent !<br /> <br /> <br /> PS : Pour les glaçons, d'accord pour le rosé mais je trouvais que Ricard faisait trop populaire...<br /> <br /> <br /> <br />