Touche pas à ma baguette !

Publié le par M.T

article baguette

 

Non mais c’est quoi ça ? Y’en a vraiment qui veulent m’agacer alors qu’il fait (enfin) beau, que la mer est (presque) sans algue et que j'ai les doigts de pied en éventails ? Non mais, je vais les pulvériser moi, façon puzzle comme préconisé dans notre cinéma de notre exception française ! Oui monsieur,  parce que je suis française moi madame ! Et que je veux bien supporter toutes les ironies persiflant sur notre beau pays, y’a des choses, c’est sacré, tu touches pas ! Et la baguette, ça, c’est no way ! Capisce ?

 

Figurez-vous qu’alors alanguie sous l’ombre de mon parasol, je laissais mon esprit vagabonder avec nonchalance sur les colonnes d’un journal abandonné par mon voisin parti se chercher quelques churros. Mon regard se figea alors sur un article qui me mit instantanément le sang en ébullition au point de m’interdire toute baignade sous peine d’hydrocution. Le journal, anglais, provenance confirmée par le teint rougeâtre de mon voisin de plage à qui j’aurai volontiers conseillé, plutôt que des beignets gras, d’acheter la fin de stock de Biafine chez le pharmacien, le journal, donc, pas mon voisin écarlate, livrait d’un style des plus affectés la révélation suivante: «La brillante réputation de la France en matière de gastronomie est en train de tourner à la plus grande farce de l’humanité.» Et pourquoi donc tant de haine?! Et bien parce que nous, français de souche, nous mangeons moins de pain…

 

Non mais de quoi je me mêle ?! D’abord un : tu veux que je te rappelle, outre-Atlantique outrecuidant, ce que tu mets dans ton hamburger ?! Alors, camembert ! Et d’abord deux : je mange peut-être moins de pain, vrai, mais c’est du bon, fait de blé mûri au soleil, de souche certifié et pas génétiquement modifié ! Et ma jolie baguette quotidienne (quoi que tu en dises) provient de la boulangerie de mon quartier de là où j’habite qui te sort, à 18H00 tapantes, la plus croustillante et appétissante Tradition que ton esprit abscons ne saura jamais imaginer. Et Tradition ici ne se réfère pas aux soirées, même festives, initiées par une Marie-Antoinette décomplexée.

 

Cerise on the cake, pour bien faire sérieux, le journaleux nous révèle alors sa source, celui qui, de par ses études et réflexions, vient de faire cette incroyable révélation. Il s’agirait ni plus ni moins que du grand spécialiste gourou de la baguette... Hum, hum... mais qui donc cela peut-il être ?... Marcel Lamiche ? Lucien Croûte ? Germain Lamie ? Non, M. Steven L. Kaplan. Ha, vous voyez, vous êtes comme moi. C'est qui lui ? A mon avis, il doit être le cousin du non moins grand auto-proclamé spécialiste du vin, tout aussi anglo et saxon, qui  nous fait la pluie et le beau temps sur nos crus bordelais devenus, grâce à ses critiques éclairées, un breuvage informe avançant désormais un sacré goût de bois qui aurait carbonisé celui du raisin. Comme si le fin du fin en gastronomie, c’est que l’aliment n’ait surtout pas le goût de ce qu’il est. Mais notre spécialiste es baguette n’en reste pas là et continue son étude en nous balançant, non sans une pointe d’ironie, qu’ «Ici, le pain est servi avec chaque repas mais, assez curieusement, sans beurre, ce qui me conduit à penser que les Français considèrent le beurre comme quelque chose à mettre dans autre chose, pas sur autre chose». Je pense que le gaillard expert n'a jamais poêllé des Saint Jacques... à moins qu'il veuille nous faire croire qu’en France, le beurre, on ne l’utilise que façon « Le dernier Tango à Paris » ?! Et puis, quand on a fini, on se met la baguette sous le bras, le béret de travers et on se dirige vers les toilettes à la turc au fond du jardin !

 

Pfff…. Allez, qu’il aille donc reporter sur le prochain concours de mangeur de hot-dog et qu’il nous laisse tranquille, nous, et notre gastronomie déficiente ! Quant à moi, c’est mort. Je n’irai pas me baigner ce soir. Allez, pas grave, je vais me consoler avec un tartine de rillettes, tiens !

 

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