Qui fait l’homme ?

Publié le par M.T

 

« Qui fait l’homme ? » est l’une des premières réflexions que j’ai entendu sur l’homosexualité, bien avant même que je n’y mette les pieds moi-même. Cette question m’est toujours apparue étrange et inquiétante, comme s’il fallait rétablir une différence sexuelle là où elle n’existe pas et devenir ce que l’on n’a jamais été pour pouvoir exister. Je me souviens, toute jeunette, alors que langoureusement mais non moins fougueusement, je saluais de mes ardeurs enflammées ma petite amie sur la banquette arrière d’un taxi alors qu’elle me revenait de son beau pays l’Amérique, je me souviens donc avoir croisé dans le rétroviseur, le regard inquisiteur de notre chauffeur. Ma langue furetant dans la bouche aimée, je me surprenais moi-même dans cette position qui n’avait rien d’ambigu et compris instantanément, qu’en cette juste fin de millénaire (on devait être en 99), la dite action avait de quoi choquer son homme.

 

Le regard ne nous quittant plus, j’attendais la réflexion qui tue, presque soulagée alors que ma petite amie, toute concentrée sur l’accueil que je lui avais réservé, ne comprenne pas un traître mot de français. Mais au lieu du « Pas de ça chez moi gouinasses » que je craignais, le chauffeur, se raclant la gorge pour attirer notre attention et sans doute se donner un peu de courage, me tint à peu près ce discours.

 

« Excusez-moi, Mesdemoiselles, mais, si ça vous dérange pas… puisque… enfin… vous avez l’air contentes de vous retrouver (Appréciez la litote !), est-ce que je peux vous demander quelque chose ? »… Et là, patatras, ma charmante girlfriend qui dans son émerveillement avait commencé à glisser sa main sous mon tee-shirt, se figea et, sans saisir le sens précis des mots prononcés, me demanda précipitamment si le chauffeur n’allait pas nous sortir à coups de crosse de revolver, ou nous violer dans un terrain vague. Je la rassurais en lui rappelant qu’elle venait d’atterrir en France et qu’il y avait donc plus chance que notre taxi driver nous propose un plan à trois, certainement émoustillé qu’il était par le spectacle que nous venions, un peu malgré nous, de lui offrir. Je dis un peu malgré nous parce que, à l’aube de nos 20 ans, on ne pouvait pas trop nous en vouloir d’être aussi démonstratives après trois semaines de séparation. Mais non. La question n’avait rien à voir avec une proposition indécente mais bien plutôt, tenait d’un vrai désir de notre chauffeur à parfaire sa culture sociétale. Notre homme se lança donc.

 

La question qui suivie fut, vous l’aurez deviné : « Qui fait l’homme ?... » Et là je vous fais grâce des emberlificotements et autres bafouillements de notre homme qui tentait vainement de rendre sa question moins directe ou tout au moins, moins invasive mais qui, emporté par sa curiosité, n’avait pu s’empêcher de la poser.

 

A toute question, il faut une réponse. Je regardais mon amie et réfléchis. « Qui de nous deux faisait l’homme ? »… Et surtout, « est-ce que l’une de nous deux faisait seulement l’homme ? ». Je laissais notre chauffeur continuer ces ballotements entre excuses et timide insistance, traduisis la question métaphysique, enfin, surtout physique, à ma girlfriend afin de la rassurer, et tentais une réponse à ce problème auquel je me confrontais pour la première fois.

 

Faut-il, dans un couple de même sexe, (alors là, je vais parler pour les filles pour lesquelles, vous l’avez également compris depuis un moment, me porte mon expérience), faut-il donc que l’une assume un rôle viril pendant que l’autre reste femme ? C’est une vraie question. A laquelle je trouvais, finalement, une réponse assez simple. Et cette réponse me fut suggérée par la silhouette avantageuse de mon amie, et plus particulièrement, sa poitrine qui tendait le tissu mince de son chemisier estival, écartelant chacun de ses boutons dans un danger d'explosion permanent de sa boutonnière. Elle était femme et je l’aimais en tant que telle. Mais alors, cela insinuait-il que j’étais moi l’homme ?

 

Pas plus, à voir la réactive sensibilité de mes propres tétons et l’envie incroyable que j’avais de sa langue sur mes lèvres intimes qui, pour être muettes, n’en étaient pas moins expressives.

 

Donc, non, cher chauffeur, aucune des deux ne faisait l’homme. Bien au contraire, nous étions femmes et en jouissions pleinement ! Bon, je ne dis pas que, selon nos préférences innées, l’une sera peut-être plus encline à taper du marteau pendant que l’autre confectionnera un dessert au chocolat, mais ça, après, c’est comme tout un chacun, il y a des choses qu’on aime faire et d’autres pas. Mais dans le lit, c’est ensemble, et entre femmes, que nous nous aimions.

 

Pourquoi en fait je vous raconte aujourd’hui cette anecdote qui aurait tout aussi bien pu rester enfouie au fond de mon cervelet gauche ? Et bien c’est à cause de l’examen actuel du projet de loi sur le mariage pour tous dont les débats ont été polarisés sur les termes de « père » et « mère », grand cheval de bataille des députés UMP qui aiment à clamer à qui veut les entendre que ces termes seraient rayés du Code Civil par ses vilains et subversifs députés PS provoquant ainsi un mélange hasardeux des genres où l’enfant ne saurait alors plus reconnaître qui est l’homme, et qui est la femme… D’abord c’est prendre les enfants pour des cons, ensuite, il faut quand même bien faire quelque chose car appeler maman… papa, je ne suis pas certaine que cela facilite la perception de l’altérité sexuelle chez le dit enfant.

 

Car c’est quoi finalement le fond de la question ? Et bien c’est toujours la même chose : Qui fait l’homme ? Parce que notre société est encore dans ces clichés passéistes qu’il faut absolument que lorsque l’on est deux, il faut une prise mâle et une prise femelle, sans penser que depuis longtemps, la marque à la pomme a créé la première prise secteur qui ne pénètre pas mais s’aimante à son support faisant passer tout aussi efficacement l’énergie du point A au point B.

 

Alors arrêtons de nous faire peur ! Un père sera toujours un père. Une mère sera toujours une mère. Et dans un couple, l’enfant saura bien évidemment reconnaître son papa de sa maman, et faire la différence entre ses deux mamans ou ses deux papas sans pour autant mettre en péril l’équilibre de notre société. Et finalement, peu importe comment il les appellera, l’amour fera le reste.

 

Père, Mère ?... Parent1, Parent2 ?... C’est celui qui dit qui est !

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