Parole et Paroles…

Publié le par M.T


Aujourd’hui, petite leçon de décryptage médiatique… ou comment lire une dépêche et en tirer les fils qui dépassent…

 

Petite confidence, chez moi, le matin est en partie destiné à la lecture de la presse, locale, régionale, internationale… peu importe, du moment que cela chauffe mes neurones et participe à mon éveil intellectuel me permettant ainsi d’engager ma journée d’écriture par un petit éditorial défoulatoire. J’en étais donc à ma énième tasse de café matinal lorsque soudain mes petits yeux de biche furent attirés par un titre quelque peu provocateur : « L’avocat de Tristane Banon est exaspéré par les rumeurs. » Flairant instantanément une dialectique infernale et stimulante, je plongeais aussitôt dans l’article soupçonnant ce dernier d’être porteur de révélations conséquentes.

 

De quoi ce plaint donc cet avocat en amorce de célébrité ? De tout ce que l’on dit, raconte autour de LA Fameuse Histoire et qui, selon lui, ne serait que pure invention (je vous épargne les détails de la dite histoire, vous les connaissez par cœur ou alors vous arrivez direct de Bornéo où les pygmées vous ont réduit la tête). Cela étant, comment ne pas remarquer que dans toute LA Fameuse Histoire, pour l’heure et sans preuve tangible du contraire, tout est question de paroles, de ce qui est dit, affirmé, juré, voire induit, amalgamé, arrangé… bref, une bataille de mots d’un côté comme de l’autre ; en un mot, de la pure rhétorique.

 

De quoi veut nous convaincre notre avocat dans l’art de son discours ? Tout simplement que ce qu’on raconte, toutes ces rumeurs dispersées au gré du vent médiatique, et qui sont contradictoires à la parole donnée de sa cliente, et bien, parce qu’elles sont fausses, elles prouvent le vrai… Oui, je sais, c’est un peu compliqué mais je vous fais confiance, vous allez y arriver ! Tout est dans le décryptage de la chose….

 

Première affirmation de notre avocat :  «  toutes les fuites tendent à confirmer qu’il s’est passé quelque chose entre ma cliente et DSK. » Le discours est admirable… en effet, ici, on pose pas de faits tangibles, on n’explicite pas la véracité d’une accusation, non, on l’oppose juste aux rumeurs qu’elle déclenche afin d’amener notre esprit au syllogisme suivant : si on en parle, c’est qu’il y a des choses à dire ; si il y a des choses à dire, c’est qu’il s’est forcément passé quelque chose… Le but de la manœuvre est ici de nous plonger devant une évidence, notre esprit ainsi stimulé par la réminiscence du proverbe populaire : « il n’y a pas de fumée sans feu ». Les fuites deviennent donc un gage, mieux les garanties de la véracité de l’accusation portée et ceci avec d’autant plus d’habileté que notre avocat star a bien pris soin au préalable de nous en montrer tout son mépris.

 

Maintenant, rentrons dans le détail et voyons ce que colportent plus précisément ces rumeurs ? Qu’il se serait passer  « Quelque chose de sexuel » .

 

Qu’est-ce donc que « quelque chose de sexuel » ? Il y a dans ce « quelque chose » une partie de la réponse. Ne cherchez pas à me convaincre du contraire mais un viol ne saurait être qualifié de « quelque chose », dont acte. On ne nous parle pas non plus de comportement, de rapport, de relation… le discours de notre avocat si brillant soudain se meut en nébuleuse mais où finalement chacun ou sa chacune pourra y mettre ce qu’il veut. Un sourire libidineux, un regard salace, une parole déplacée… bref, tout ce qui peut être offensant, déplaisant, voire humiliant dans les relations humaines. Le sujet est sérieux mais vaste…

Et pour bien nous convaincre que ce « quelque chose de sexuel », au cas où nous aurions encore un doute, ne saurait être remis en cause, notre avocat nous assène  un péremptoire « c’est difficile à prouver mais ce n’est pas un fait imaginaire, donc. » C’est là où tout l’art du rhétoricien exulte…

 

Admirez la structure judico-syntaxique de la phrase et remarquez la place finale et non moins emphatique à laquelle notre brillant juriste a placé sa conjonction « donc ». « c’est difficile à prouver mais ce n’est pas un fait imaginaire, donc. » Placé ainsi en fin de phrase, ce « donc » prend toute son importance, devenant le coup de marteau sur l’enclume ou plus exactement sur les doigts de l’incongru qui n’aurait pas fait attention à ce qu’on vient de lui dire et aurait éprouvé une très légère distraction en zappant, ému, sur le résumé de la quotidienne de Secret Story. Ici, le « donc » final souligne, accentue, tel un souffle primaire et puissant, la véracité des dires. Il induit une conséquence, invoque la conclusion, voire s’en étonne ! Ainsi sournoisement placé, notre petit cerveau émoustillé de toutes les règles syntaxiques plus ou moins assimilées va alors gentiment recevoir le message suivant : Si ce n’est toi, c’est donc ton frère car je pense donc je suis… Ce qui nous permettra de reprendre en chœur : Puisqu’on ne peut rien prouver, c’est donc vrai car si c’est difficile à prouver, ce n’est « donc » pas un fait imaginaire… Yo man ! c’est comme les valises de billets de Balladur, sauf que pour lui, c’est le contraire ! Pas de preuve ? Pas vrai !

 

Moi je dis, chapeaux bas, c’est du grand art. Mais notre équilibriste du Code Civil fait encore mieux ! Dans la phrase suivante notre extraordinaire orateur nous relance d’un subit « La crédibilité de ma cliente n’est pas remise en cause. » ce qui nous donne dans une lecture continue de la dépêche : « ce n’est pas un fait imaginaire, donc … la crédibilité de ma cliente n’est pas remise en cause. »… Et moi de me rouler par terre devant tant de dextérité.

 

Quand on ne peut pas prouver quelque chose, il suffit de l’affirmer ! CQFD ! Si je le dis, c’est que c’est vrai… Imparable. Regardez le gouvernement aujourd’hui face aux attaques de l’opposition, il ne fait pas moins. Au lieu de démonter les accusations par des réponses étayées, il balaie de la main en ricanant un « C’est irresponsable ! » Il suffit de prendre les gens pour des imbéciles en leur évitant de réfléchir. La parole est reine !

 

Bref, pour en revenir à nos banons, pardon, nos moutons, suivons notre avocat qui de son cas particulier fait un cas d’ordre général : « On est dans un pays où 92% des femmes violées ne déposent pas plainte. Et avec ce genre de traitement de parole de la victime, on comprend pourquoi… ». Pardon ? J’ai pourtant l’impression que les accusations de Mme Banon ont bénéficié d’une tribune extraordinaire et de retombées médiatiques plus que généreuses. Mais pour autant faudrait-il la croire sur parole ? La justice devrait-elle s’incliner face à la dénonciation de l’outrage sans aucun jugement contradictoire ? Tout accusé serait donc, de fait, coupable ? Ce postulat nous mènerait droit à la négation même de la justice si je n’y voyais la grande habileté de notre avocat, pour rendre crédible le cas de sa cliente, de l’assimiler à celui de la parole de femmes violées. Encore une fois l’avocat veut faire profiter sa cliente d’un problème qui n’est pas le sien ce qui est d’une indécence totale pour celles qui se sont battues, seules et sans média, afin de faire entendre leur voix. Si le sujet n’était pas aussi odieux, j’aurais envie de leur dire, à ces femmes, que la prochaine fois qu’elles auront à dénoncer un viol, qu’elles n’oublient pas de préciser, avant que le dit fonctionnaire ne classe leur plainte en verticale dans sa corbeille, « c’est DSK qui l’a fait ! ». et là, elles verront le miracle s’accomplir, l’adjoint de sécurité enfoncer la touche sauvegarder et l’avocat se précipiter…

 

Pour conclure, et comme si il en était besoin, notre avocat scrupuleux, main sur le cœur,  nous porte l’estocade par un terrible et solennel « Si j’avais eu l’ombre d’un doute sur ce dossier, je ne me serai pas engagé ». Le preux chevalier monte au créneau et jure devant l’infidèle qu’il vient d’occire qu’il n’en aurait rien fait si sa cause n’était pas si légitime ! Nous voilà rassurés… Cela étant,  imaginons notre avocat parlant de sa cliente comme d’une mythomane criminelle et sans scrupules… c’est sûr, sa probabilité de gagner le procès en serait vraisemblablement amoindrie. Et de poursuivre dans cette confidence intime prouvant irréfutablement de sa bonne foi qu’il répond à sa cliente même la nuit ! « Je l’ai eue hier soir [lundi] au téléphone. Puis cette nuit. Puis ce matin. » Mais c’est bien sûr… s’il lui répond même la nuit, c’est que sa cliente dit juste. Cela étant, à moins de pouvoir médiatiser votre dossier, je vous déconseille de faire la même chose avec le vôtre d’avocat au risque de vous retrouver dès le lendemain à faire la queue à l’aide juridictionnelle…

 

Enfin… souhaitons qu’au delà de la rhétorique la justice soit rendue, en toute équité de part et d’autre, sans parti pris, et dans la plus droite et stricte des objectivités. En toute justice, quoi !

 

Mais là… comment vous dire… sans juger du fond mais juste de la forme… J’ai comme un doute…

 

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C
<br /> Pure stratégie...Crimes et délits en France. Le viol est un crime, prescription 10 ans. L'agression sexuelle est un délit, prescription 3 ans...si je pouvais un jour me retrouver face à nos<br /> "pondeurs de lois" histoire de leur donner ma façon de penser...mais là n'est pas le débat.<br /> Nous avons donc là un combat que je considère perdu d'avance. S'il s'agit bien d'une agression sexuelle, il y a prescription. S'il s'agit bien d'une tentative de viol, il va falloir le prouver.<br /> Sans être juriste, un dossier basé sur la parole de l'un contre celle de l'autre, appuyé par des témoignages de personnes qui en ont entendu parler, à qui on a raconté que...me semble bien mal<br /> parti pour obtenir justice. Que reste-t-il alors pour atteindre un homme politique...la "justice médiatique". Si je ne peux t'avoir d'un côté, je t'aurai de l'autre. Qu'il se soit ou non passé<br /> quelque chose dans cet appartement, je n'en sais rien et je me garderai bien d'émettre un quelconque avis. Mais si le but était "une mise à mort médiatique", qu'elle soit motivée par une soif de<br /> justice, par un vil complot visant à détruire un éventuel candidat ou même à le faire démissionner du FMI,ou que sais-je encore... il est atteint et c'est rondement mené, stratégiquement parlant.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Grand merci Chester de ce commentaire approfondi. Et oui, nous ne saurons jamais ce qu'il s'est réellement passé et non, il ne faut préjuger de rien. Moi, j'ai juste vécu cet épisode comme une<br /> mise à mort à l'instar de ces corridas sanglantes et in-animalières. On tue pour tuer. On juge pour juger et ici, l'homme politique devient à lui seul un éxutoire condensé, symbole unique et<br /> exemplaire d'une violence, malheureusement ordinaire, faite aux femmes depuis toujours. J'en viens à penser qu'un jour, au lieu de dire un viol, nous dirons un DSK. Et pourquoi cela ? Pour<br /> l'horreur de son crime ? Non pas même, mais juste parce que cet homme aura incarné publiquement le Pouvoir et qu'en ces temps troublés, la vindicte populaire aura fait son oeuvre destructrice et<br /> libératoire de mise au pilori. Aujourd'hui, le monde a besoin de coupables parce que tout est devenu trop lourd, trop difficile, trop inacceptable. Peut-être venons-nous, à l'instar des romains,<br /> de réinventer les jeux du cirque... Peu importe qui est le coupable ou la victime... et même dans ses mots, sentez l'injustice et le parti pris des genres... un coupable... une victime... Tout<br /> est écrit.<br /> <br /> <br /> <br />
P
<br /> J'en pense que si DSK a avoué qu'il a "essayé de l'embrasser" après l'avoir fait venir dans un appartement vide qui ne lui appartenait pas, c'est qu'il méditait un coup tordu et qu'"essayer de<br /> l'embrasser" n'était qu'un début. Une tentative, en somme.<br /> Et que si on en parle, c'est que beaucoup de gens, à l'époque, en ont parlé pour dire qu'il ne fallait pas en parler.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> C'est présumer de beaucoup de choses, non ? Penser que si c'était peut-être pour... la culpabilité serait donc dans la seule intention ? c'est toute l'ambiguïté de toute cette histoire et son<br /> décalage dans le poids qu'on lui donne. Imaginez une inconnue déposant plainte conte un parfait inconnu pour une tentative de baiser datant de huit ans... vous croyez qu'on aurait fait seulement<br /> une ligne de cela ?<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Je pense que je préfère écouter Dalida...J'ai entendu vaguement parler de cette histoire, enfin je pense que c'est celle-là...parce que j'ai les neurones pygmés.....<br /> <br /> <br />
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<br /> <br /> Alors pas d'hésitation ! On met Gigi à fond !!!!<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> Décryptage diablement clairvoyant qui justifie amplement les litres de café engloutis ... Peut-être que certain(e)s devraient faire un petit séjour chez les moines trappistes ou le silence est<br /> règle absolu et qu’a l'issu de ces quelques jours de réflexion la vérité surgirait dans un divin élan d’honnêteté …<br /> <br /> <br />
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<br /> <br /> Hum... alors là comment dire.... j'ai comme un doute ?...<br /> <br /> <br /> <br />