Le jour de la Saint Barthélémy

Publié le par M.T

Aujourd’hui, c’est la Saint Barthélémy. Ceux qui auront un peu potassé sur leur banc d’école savent qu’en ce jour funeste de l’an de grâce 1572, il y a donc (on compte sur ses doigts) six siècles, fut perpétrée dans nos villes et nos campagnes, l’extermination de protestants par des catholiques surchauffés qui vinrent, jusque dans leur bras, massacrés leurs fils et leur compagne. Le pourquoi de la chose ? Que du classique, mes amis. Prenez un peu de jalousie par-ci, quelques différences par là, du pouvoir pour les uns, de la trouille pour les autres, des gros sous et une mauvaise récolte et vous avez là un cocktail explosif qui en l’occurrence a échappé ici à tout contrôle. Je vous explique.

 

Notre bonne Reine d’alors, Catherine de Médicis et son rejeton, Charles 9, après avoir fait leurs comptes, décident de stopper la guerre entreprise quelques années plus tôt contre les protestants. Faut dire que cela coûte cher une guerre et vu que de toute façon, elle ne servait pas à grand chose, autant l’arrêter. Sauf qu’une guerre, ça ne s’arrête pas comme ça. Vous avez déjà, vous, essayé de pardonner à votre voisin quand cet imbécile vous a emmerdé pendant des semaines en mettant à fond sur sa sono le best of de Serge Lama ? Vous voyez, le pardon n‘est pas chose facile… Donc, là, notre bonne reine Catherine, de Médicis, veut calmer le jeu. Et pour apaiser le peuple, rien de mieux que de lui offrir un grand spectacle digne des ouvertures des JO avec Elton John en guest star. (Oui, je sais, c’était Paul McCartney, mais moi, je préfère Elton !). Donc Catherine, de Médicis, se mit en quête d’une jeune donzelle à marier. Quelques « ams stram gram » plus tard, son choix échu sur la Marguerite de Valois, brave fille et plutôt bonne plume, qu’on décida d’unir à Henri de Navarre qui n’est autre que ?... allez, un effort quand même…. Ben oui, le futur bon roi Henri IV, oui, celui de la poule au pot. Vous aurez donc compris que Marguerite était catholique et Henri, protestant.

 

Donc qui dit mariage, dit fête à tout casser dans la capitale. Sauf que, évidemment, ça plait pas à tout le monde. D’abord, aux catholiques qui après avoir combattu les protestants si longtemps ne comprennent pas pourquoi maintenant, faudrait être potes avec eux et ensuite à le méchant de l’histoire, le Duc de Guise, qui lui se serait bien vu sur le trône de France à la place d’Henri, d’autant que lui, le Guise est un fervent catholique, donc un gentil, et que c’est pas juste qu’on le laisse pas devenir chef ! Bref, alors qu’on fait une super fête pour concilier tout le monde, ça agace prodigieusement la majorité silencieuse. Faut dire que les gens sont jamais content… et même le peuple s’en mêle qui lui n’a rien à bouffer parce que les récoltes ont été une cata et que c’est quand même un peu dur de regarder les autres, les riches faire bombances, quand on a pour tout dîner qu’une soupe à la sauce cailloux. Bandes de jaloux, va… Bref, Paris est une vraie pétaudière, comme aurait dit ma grand-mère, et les mécontents cherchent vengeance.

 

Dans ces cas là, il faut trouver une victime sur laquelle se défouler. Et ça tombe sur Coligny, Gaspard de son petit nom, qui après avoir été un chef de protestants, est devenu par la grâce de la bonne Reine, chef au gouvernement. C’est un peu comme si François demandait à Nicolas, en signe d’union des partis, de devenir son Premier Ministre. Vous voyez un peu le bordel ? Donc voilà le Coligny dans le collimateur et rien de mieux, à l’époque, qu’un bon petit attentat pour éclaircir tout ça. Allez hop, on va liquider Gaspard mais le fieffé huguenot s’en tire avec juste une blessure au petit doigt !  A partir de là, c’est le chaos le plus total.

 

La Reine, Catherine, celle de Médicis, se dit, houps, que les protestants vont vouloir se venger. Le petit Roi, Charles 9, lui dit,  « Mais non Maman, je vais arranger ça, tu vas voir » et se précipite le cœur pacificateur au chevet du Coligny. Pendant ce temps là, le duc de Guise, le méchant de l’affaire, pas content du tout le gars, rassemble ses troupes et fait mine d’abandonner la Reine à son triste sort qui du coup, ayant encore plus peur de se retrouver seule face aux impies huguenots (les protestants) décide alors de les tuer, enfin juste les chefs, histoire d’avoir la paix.

 

On ferme donc les portes de la capitale, on arme les bourgeois, et le De Guise, qui a arrêté de bouder, reprend du service et se met à massacrer les têtes huguenotes, dont le Coligny qui, avec sa poupée au petit doigt, se fait tirer du lit, et proprement défenestré. Là, évidemment, il meurt.

 

Dans la pagaille générale, Facebook n’existant pas à l’époque, on peut pas passer le message comme quoi on n’a le droit de tuer que les chefs. Donc, comme plus personne ne comprend rien à rien, on se met à tuer tout le monde, les grands, les gros, les petits, les femmes et les enfants, toutes celles et ceux qui n’ont pas un air catholique. Et pour mieux enfoncer le clou histoire d’être sûr que y’en a pas qui dorme pendant ce temps là, on sonne le tocsin dans la capitale, celui de l’église de Saint Germain l’Auxerrois, à côté du Louvre, entamant la funeste série : #protestants, massacre autorisé !

 

On pille, on massacre, on jette les corps dans la Seine et comme ça suffit pas, le doigt de Dieu (plus glorieux que celui de Coligny, toujours dans sa poupée) s’en mêle. Figurez-vous qu’une aubépine, cette garce, ose éclore en pareil temps. (Renseignement pris auprès du Truffaut local, l’aubépine fleurit en avril, mai, et effectivement, pas en août ! Waow !). Donc ça veut dire qu’on a raison de faire ce qu’on fait parce que sinon, la fleur, et bien elle serait pas là ! Na ! Donc on continue avec l’absolution divine et pour bien faire, on va rechercher le corps de Coligny qui aimerait bien quand même qu’on le laisse un peu tranquille sur ce coup là. Mais personne ne l’entend vu qu’il est déjà mort et on lui enlève les coucounettes, on le jette dans la Seine où il macère pendant trois jours et après, on le pend au gibet de Montfaucon ! des fois qu’un miracle l’aurait fait ressusciter celui-là !

 

Et voilà comment, un 24 août, à la Saint Barthélémy, on massacra l’impie. Et tout ça pour quoi ? Ben, le bon roi Henri épousa quand même la Margueritte et finit, lui le huguenot, par se faire baptiser catholique quelques années plus tard, en prononçant cette fameuse et mémorable phrase : « Paris vaut bien une messe ! ».

 

Voilà mes amis, vous pouvez allez vous recoucher. Bisous.

 

 

 

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S
Alors naturellement en bonne fille/petite fille/etc ... de parpaillots je ne peux qu'être tout a fait sensible a cette version "tambour battant" de ce jour au combien funeste pour mes<br /> coreligionnaires. Petite précision sur le Petit Charles qui dans sa folie meurtrière pris grand soin de trucider un bon nombre de protestant a quelques exceptions prés. Entre autre celle de<br /> conserver la vie sauve a sa maitresse de l'époque qui était protestante .... Pouvoir, fortune certes mais lorsqu'il s'agit d'amour les obédiences sont plus que fluctuantes. Sur ce, je m’en vais de<br /> ce pas effectuer quelques flexions du genou en mémoire de l’Amiral …
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M
<br /> <br /> Et oui, pauvre Amiral qui mourut sans gloire le petit doigt enrubanné... et sa virilité au panier. Et grand merci de ce détail de la maîtresse qui prouve que, de tout temps, les petites<br /> concessions ont toujours été de mise face aux grandes causes !<br /> <br /> <br /> <br />