Je suis homo et ça me soigne !

Publié le par M.T

Je suis fidèle et je n’ai jamais trompé une seule de mes partenaires.

Je n’ai jamais couché ni avec mon père, ni avec ma mère (sauf les soirs d’orages).

Et depuis que je suis majeure, je n’ai jamais eu de rapports sexuels avec un ou une mineure.

 

Pourtant, je vous jure, monsieur l’agent, je suis bien homosexuelle !

 

Sachez que lorsque j’étais plus jeune, adolescente, à cette époque obscure où je couchais avec les garçons, j’étais une révolutionnaire, pasionaria, luttant aux côtés de Maître Badinter contre la peine de mort, épinglant sur le mur de ma chambre des posters du Che et de Baudelaire. Dans mon lycée, représentante des délégués de classe, je vous l’avoue, j’ai organisé une grève générale, un jour, contre l’exclusion d’une élève retrouvée shootée à l’éther dans un couloir. Debout sur une chaise de classe, j’haranguais la foule des élèves et la directrice, arrivée toute essoufflée à la rumeur de l’émeute. J’exigeai haut et fort la réintégration immédiate de notre camarade, assurant avec volonté que nous l’aiderions plus sûrement à sortir de ses problèmes de drogue en la gardant au sein de l’établissement, plutôt qu’en la jetant à la rue.

 

En fin d’après-midi, lorsque je rentrais vers 16H00 du lycée de jeunes filles où je faisais des études de lettres modernes, méprisant mes classiques, je m’enfermais dans ma chambre, tournant le dos, hostile, au monde familial carcéral. Je mâchais avec rage un chewing-gum Hollywood Menthe en écoutant, mon mange-disque à fond, une chanson de Julien Clerc. En général « La Cavalerie… Quand je vois les motos sauvages qui traversent nos villages… » ou bien, dans un besoin de revendiquer avec force mon adhésion au modèle libertaire américain, j’entonnais à tue-tête l’incomparable et subversif « Kiss me » de C.Jérôme !

 

Oui je l’avoue, je n’étais pas une fille facile et mes petits copains ne résistaient guère aux accès de mes humeurs et des saisons. Automne/Hiver, Dominique tentait de me tenir chaud ? je courrais dans les bras de Christian. Au Printemps, Philippe voulait m’amuser ? Je lui préférais Jean-Marc et son air taciturne. Quant à l’Eté, lorsque Luis prodiguait sur moi toute sa séduction andalouse, je lui préférai son frère avec qui nous dessinions, sur un bout de plage catalane, un monde sans dictateur et sans roi. Bien sûr, comme il se doit les malheureux passaient tous au crible du jugement paternel et maternel réunis mais c’était pour moi alors comme un défi lancé à l’autorité considérée comme suprême. Qu’ils n’aillent pas les rejeter ceux-là, ou je les imposerai à déjeuner chaque dimanche !

 

Puis je quittai le cocon familial. Deux petits cartons remplis de livres et de rêves. Je me lançais à corps perdu et ma guitare en bandoulière à la conquête des cabarets parisiens, me rêvant nouvelle égérie, écrasant de ma stature les mythiques Vian, les Brassens tout en faisant passer Bernard Lavilliers pour un dandy du Vème arrondissement parisien. Comme si tout cela ne suffisait pas, je frôlais la déstabilisation totale en m’engageant dans une carrière cinématographique où mon statut d’intermittente me fit vite apprendre les méandres des couloirs de l’Anpe du Spectacle.

 

Mais tout ça c'était avant, quand j'étais encore, à ma grande repentance, une rebelle hétérosexuelle.

 

Oui, j’aurai pu me perdre dans tout ce chaos… Oui, dans cette folie de subversion et de rejet de ce monde trop étriqué à mes yeux, j’aurai pu prendre les armes et ma carte au parti Communiste ! Mais une chose me sauva, grande et forte, sereine et rassurante, je sentis au fond de moi naître la révélation de mon homosexualité.

 

Et là, tout rentra dans l’ordre. Je devins amoureuse, pour la première fois de ma vie et désireuse d’une vie de couple, stable et solidaire. Je fondis pour des yeux noisette encadrés de cheveux blonds aux reflets auburn. je m'alanguis devant un sourire d’enfer, une voix suave et des mains fines à faire mourir. Je posais enfin mes cartons et de concert, allait avec ma belle acheter un canapé convertible, pour les amis que nous ne manquerions pas d’inviter dans notre chez-nous. Plus besoin de me rebeller, non, je savais soudain qui j’étais.

 

Et la vie se fit douce et celles qui partagèrent ma vie furent pour moi autant de routes sur lesquelles mes années s’ancrèrent avec fidélité et amour pour me mener aujourd’hui, là où je suis, dans les bras de celle qui m’apaise et me rend belle.

 

Et pour cet amour, un genou en terre, je me surprends à réclamer l’union du mariage, cette bénédiction laïque qui nous permettra, devant nos familles et amis réunis, de la manière la plus conventionnelle et sage qu'il soit, d’être enfin à l’image de tous ceux qui, auparavant, ont échangé l’anneau nuptial.

 

Alors comment puis-je, avec toute la puissance de ce calme trouvé, dans une sérénité accomplie, faire peur à une société dont je ne demande qu’à faire partie ?

 

Pourquoi craindre mon désir d’un monde apaisé, doux, solide, rassurant et plein d’avenir ? Pourquoi me reprocher de vouloir ma famille, ma propre famille, celle que j’aurai choisie et créée ? Comment ne pas comprendre qu’à l’instar de mon voisin et ma voisine, je désire déposer dans un tiroir, ce carnet où nos deux noms apposés l’un contre l’autre n’en feront plus qu’un ? Comment ne pas se féliciter de me voir baisser les armes pour, presque penaude, réclamer le droit à l’indifférence ? A juste être et vivre comme tout le monde, tout simplement.

 

Alors je vous le dis, ne craignez rien ! Laissez moi rentrer dans le rang ! Laissez moi me fondre dans la société à qui je jure amour et fidélité ! Laissez moi devenir comme vous, conventionnelle et sociable, une femme enfin respectable.

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P
a bas le mariage !! il est là notre combat. le mariage qui asservit les femmes depuis des centaines d'années, qui embrigade les couples dans une morale judéo chrétienne puante. Oui, nous devons<br /> avoir tous les memes droits, donc au jour d'aujourdhui, oui, nous devons pouvoir choisir si oui ou non, on se marie. Mais dans l'idéal, un autre contrat laic devrait etre créer pour remplir les<br /> conditions d'un contrat de couple, peu importe le genre, non affublé de tout l'imaginaire du mariage catho : pureté, fidélité, à la vie à la mort blabla...
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M
<br /> <br /> Mais pour moi, le mariage n'a rien de religieux. Les couples hétérosexuels ne se marient pas tous à l'église. Il faut justement le libérer de cette emprise religieuse malsaine, je suis bien<br /> d'accord. Et qu'on nous offre le droit de l'utiliser ou pas. Voyez-vous, je suis actuellement dans une curieuse position où, après 15 ans de vie commune, je me suis séparée de ma compagne qui<br /> aujourd'hui me fait un procès juridique avec tout le tralala et qui n'a rien à envier, croyez-moi, à celui d'un simple divorce. Les mêmes armes les plus nauséabondes sont utilisées. Alors moi je<br /> dis, si on a les emmerdes du mariage, qu'on nous en donne au moins les plaisirs !.... ravie d'avoir discouru avec vous...<br /> <br /> <br /> <br />