De la trahison à la honte

Publié le par M.T

De la trahison à la honte

« Macron dictateur ! Plutôt Marine Le Pen que lui ! Il faut faire barrage à Macron ! »

Non mais que se passe-t-il dans le cerveau des électeurs prêts aujourd’hui à basculer de la gauche mélenchonesque à la droite xénophobe et raciste de Marine Le Pen ? Sans oublier certains électeurs de Pécresse qui se laisseraient bien tentés par l’aventure en suivant le chiffon rouge agité par leur ami Ciotti. Comment l’incarnation de la démocratie a-t-elle pu basculer à ce point pour prendre dorénavant le visage de l’extrême-droite ? Comment le front républicain jusqu’à présent fidèle à ses valeurs d’humanisme a-t-il pu changer de camp pour se retrouver dans l’escarcelle d’une héritière Le Pen ? Comment a-t-on réussi à faire croire qu’Emmanuel Macron était un fasciste notoire et Marine Le Pen l’incarnation de la République ?

C’est d’abord un problème de vocabulaire.

Marine Le Pen l’a bien compris dans ses tentatives de dédiabolisation. Et on a finit par la croire. L’image rédhibitoire d’extrême-droite lui collant à la peau et plaçant sur sa tête le plafond de verre qu’aucune élection jusque là n’aura pu écarter, il lui aura suffi d‘inverser la vapeur. A elle de présenter les autres comme des extrémistes pour ne plus en être une elle-même. Comme il suffit de dire que le jour est la nuit et la nuit, le jour. Après tout, qu’est-ce qu’on en sait ?

Bien sûr, répéter un mensonge n’en fait pas une vérité. Mais, peu à peu, il s’insinue en nous et nous devient familier au point de coller à nos certitudes. Ainsi, Macron présenté ad libitum comme dictateur finit-il par le devenir aux yeux de certains. Quand une Marine Le Pen présentée comme une charmante éleveuse de chats nous donnerait presque envie d’aller ronronner dans ses bras. Vous savez ce qu’elle a fait cet après-midi la dame patronnesse ? Une conférence de presse sur la démocratie… Ca laisse songeur. L’extrême-droite qui vient donner des leçons de démocratie.

Alors peut-être faudrait-il replacer les choses correctement. Non, Marine Le Pen n’est pas une démocrate. Mais une extrémiste d’une droite dure qui a bâti les fondamentaux de son parti sur le racisme, l’homophobie, et la xénophobie. Et rien d’autre ne l’intéresse. Son programme économique est une insulte au moindre plan comptable de la plus petite PME. Ses plans sociaux, un miroir aux alouettes. Et ses discours sur l’ouverture, un piège pour y attirer ceux qu’elle séduirait et qui se refermerait derrière eux. Aucun pays ne subissant la coupe d’un dirigeant d’extrême-droite n’est prospère. Encore moins heureux. Et ça marche aussi pour les radicaux de gauche à la Mélenchon/Maduro. Mais cette proximité conceptuelle explique peut-être pourquoi certains mélenchonistes seraient tentés par un vote Le Pen.

Certains électeurs veulent battre Macron ? Qu’ils le fassent. C’est l’extraordinaire de notre démocratie de pouvoir voter pour qui l’on veut. Mais qu’ils ne se cachent pas derrière des faux semblants.

Alors, sachons le.

Battre Macron en votant Le Pen, c’est voter pour un parti qui veut sortir de l’Europe, de l’Otan, supprimer les taxes et les impôts en nous faisant croire qu’on refera les budgets sur le dos des étrangers. Mais quels étrangers ?

Battre Macron en votant Le Pen, c’est accepter que des couples de femmes, des couples d’hommes se fassent à nouveau persécuter, mépriser.

Battre Macron en votant Le Pen, c’est savoir qu’en cas de pandémie, on ne suivra pas la science mais les charlatans qui ne cherchent que leur heure de gloire.

Battre Macron en votant Le Pen, c’est plonger dans l’hypocrisie pour satisfaire à conquête de gloire d’une dynastie qui n’aura rien apporté à la France depuis des décennies que la haine et le chaos

Battre Macron en votant Le Pen, c’est faire confiance à quelqu’un qui se désavoue et cache ses valeurs abjectes et ses convictions nauséabondes depuis plusieurs années pour être élue.

On ne cache pas ce dont on est fier. On se trahit.

Marine Le Pen, si elle est élue, le sera dans la honte.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article